Sommet UE-UA de Bruxelles, le clin d’œil d’Adolphe Muzito

Bruxelles, le 16 février 2022

Par Cheik FITA

Adolphe Muzito, Premier Ministre congolais sous Kabila du 10 octobre 2008 au 6 mars 2012 a donné une  conférence de presse le mardi 15 février 2022 au Press Club Brussels Europe.

Thème : LES ATTENTES, OBSTACLES ET OPPORTUNITES DU PATERNARIAT UE-UA POUR LES 2 CONTINENTS.

La date ainsi que le thème ne sont pas le fruit du hasard. L’ancien Premier ministre congolais voulait donner de la voix, la veille du sommet UE-UA qui se tient à Bruxelles  du 17 au 18 février 2022. Qu’y aura-t-il à l’ordre du jour ?

Voici ce qu’on peut lire sur le site du Conseil européen :

« Sommet Union européenne‑Union africaine, 17-18 février 2022

Principaux points de l’ordre du jour

Les dirigeants de l’UE et de l’UA, ainsi que ceux de leurs États membres respectifs, se réuniront à l’occasion du sixième sommet Union européenne‑Union africaine, qui se tiendra à Bruxelles les 17 et 18 février 2022.

Le sommet constituera une occasion unique de jeter les bases d’un partenariat renouvelé et approfondi entre l’UA et l’UE bénéficiant d’un engagement politique au plus haut niveau fondé sur la confiance et une compréhension claire de nos intérêts mutuels. Les dirigeants devraient débattre de la manière dont les deux continents peuvent renforcer la prospérité. L’objectif est de lancer un ambitieux paquet d’investissements Afrique‑Europe en tenant compte des défis mondiaux tels que le changement climatique et la crise sanitaire actuelle. Ils devraient également discuter des outils et solutions permettant de promouvoir la stabilité et la sécurité grâce à une architecture renouvelée pour la paix et la sécurité.

Plusieurs tables rondes thématiques seront également organisées. Les thèmes suivants seront débattus:

  • Financement de la croissance
  • Systèmes de santé et production de vaccins
  • Agriculture et développement durable
  • Éducation, culture et formation professionnelle, migration et mobilité
  • Soutien au secteur privé et intégration économique
  • Paix, sécurité et gouvernance
  • Changement climatique et transition énergétique, [connectivité et infrastructure] numériques et en matière de transports

Les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE et de l’UA participeront aux tables rondes avec un groupe d’invités sélectionnés qui sont des experts dans leurs domaines respectifs.

Une déclaration conjointe sur une vision commune pour 2030 devrait être adoptée par les participants »

Pourquoi Adolphe Muzito a-t-il donc parlé ?

Durant son point de presse, il a dit ceci :

« La première question de cette conférence est de savoir qu’est ce qu’on peut attendre de ce Sommet UE-UA ? La réponse est qu’il sortira de ce Sommet les grandes résolutions, qui vont afficher comme d’habitude, les bonnes intentions des dirigeants. Et la deuxième question est de savoir, qu’est qu’on peut attendre du partenariat proprement dit “UE – UA” à l’horizon 2030 ? La réponse à cette question dépendra du gap entre les opportunités que referment ces deux continents et les contraintes qui gangrènent leurs économies et leurs relations »

. Alors, notre conférence a pour but de donner notre contribution et suggestions après l’analyse de types opportunités et contraintes. Notre analyse est de réduire l’écart entre les deux dans le contexte de l’hégémonie planétaire entre l’Occident et l’Orient. ».

Le clin d’œil de Muzito à l’UE

Quelles opportunités ?

À cela Muzito répond :

«  L’Europe est géographiquement et historiquement le partenaire naturel de l’Afrique. Ce partenariat a un caractère complémentaire pour les deux continents. Ce que l’Europe n’a pas, l’Afrique l’a et ce l’Afrique n’a pas, l’Europe l’a. Si dans ce partenariat l’Europe peut apporter son savoir-faire technologique et sa capacité financière, l’Afrique apporte la vitalité de la jeunesse de sa population, ses espaces naturelles encore vierges, ses nombreuses ressources naturelles, son faible taux d’endettement et son potentiel de résilience contre le réchauffement de la planète. »

  1. La situation démographique, économique et la capacité financière de 2 continents ainsi que de la RDC
  2. ii) Le savoir-faire européen L’Europe possède un savoir-faire scientifique et technologique indéniable qu’elle peut apporter dans la construction du partenariat gagnant-gagnant, Afrique-Europe. Et l’Afrique a encore besoin de ce savoir-faire européen.
  1. Le potentiel de résilience contre le réchauffement de la planète Si hier la contribution de l’Afrique à la décarbonisation de l’atmosphère de notre planète se limitait essentiellement à l’action des forêts, aujourd’hui le besoin de produire de l’énergie verte met l’Afrique au premier plan grâce à ses vastes régions désertiques et steppiques où le rayonnement solaire permettant de produire de l’électricité verte abonde.
  1. La virginité des espaces naturelles de l’Afrique Les pays de l’Union européenne totalisent une superficie de 4,233 millions de km2, pour une population de 450 millions d’habitants en 2020, cela signifie une occupation du sol de 106 personnes par kilomètre carré. Pour la même époque, l’Afrique, avec sa superficie de 30.415.873 des km² et une population de 1348 millions habitants, l’occupation du sol (densité) est de 45 personnes sur un kilomètre carré.

En dehors des opportunités, Mr Muzito a épinglé un certains nombres de contraintes que voici :

«  i) Les contraintes des pays européens

– Le caractère non fédéral des états européens;

– La loi de capitalisme du marché; – La division internationale travail,…

 ii) Les contraintes des pays africains Ces contraintes sont les suivantes : – – L’illégitimité des institutions des pays africains qui limite l’adhésion des populations aux projets initiés par les dirigeants et leurs partenaires, – L’instabilité des institutions des pays africains ainsi que l’insécurité qui minent le continent,

– Les faiblesses des administrations publiques, le système judiciaire non indépendant et la corruption qui gangrènent tous les pouvoirs publics,

– Le délabrement ou l’inexistence des infrastructures des bases, dont les infrastructures routières, énergétiques,…

– La faiblesse des budgets d’investissements et des systèmes bancaires dépourvus de crédit,

– Le climat des affaires défavorable aux investissements tant publics que privés. »

«  La dernière contrainte à lever est celle qui caractérise le partenariat UE-UA consistant à assigner aux pays africains le rôle de réservoir des matières premières pour les économies occidentales, et de débouchés pour leurs produits finis. A la place, les deux parties doivent s’inscrire dans un partenariat gagnant-gagnant, pour un développement commun.

Citoyen congolais, Mr Muzito a enfin épinglé ce qu’il considère comme contraintes pour son pays. Il n’y est pas allé par le dos de la cuillère :

«  Les défis ou contraintes de la RDC, sont les suivantes :

 – L’illégitimité des dirigeants actuels, en conflit avec le peuple, qui, dans sa grande majorité ne se reconnait pas dans le pouvoir en place et n’adhère pas à son action.  

– L’incertitude et l’instabilité régnant, provoque la méfiance des investisseurs,

 – La faible représentativité des partis politiques, incapables de faire le contre poids face à l’incitation à la haine ethnique qui sape la cohésion nationale.

– La séparation et l’indépendance des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires non garantie,

– Le climat des affaires pollué par une administration centrale et territoriale tracassière, un système fiscal confiscatoire et une corruption généralisée, – 9% de taux de desserte en électricité, handicap important pour les entreprises industrielles,

– La faiblesse du budget réel de 4,5 milliards de dollars, soit 35%, sur un potentiel fiscal de 12,5 milliards de dollars et un PIB potentiel de 500 milliards de dollars. – Le système bancaire caractérisé par une politique monétaire inefficace et une infrastructure financière déficiente… »

Autant dire, un tableau sombre !

Mr Sama Lukonde, Premier Ministre congolais sera présent à Bruxelles au nom de la RD Congo.

A-t-il la même lecture de ce sommet que son prédécesseur ?

Nous tenterons de lui poser la question à l’issue de ce sommet.

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